Lundi, 14 Novembre 2011 03:41

[Entrevue] BLOOD, SWEAT AND VINYL: DIY IN THE 21ST CENTURY avec Kenneth Thomas

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[Entrevue] BLOOD, SWEAT AND VINYL: DIY IN THE 21ST CENTURY avec Kenneth Thomas

On enchaîne les entrevues en ce moment et ici ce sera avec un brin de promotion pour l'événement que nous organisons en association avec Blue Skies Turn Black et qui aura lieu ce lundi 21 novembre à la Sala Rossa de Montréal. Kenneth se plie donc au jeu des questions/réponses et nous en dit plus ici sur ses motivations, la vision de son oeuvre, et nous donne sa sélection de documentaires musicaux qu'il faut absolument avoir dans sa culture personnelle. Si vous voulez savoir pourquoi vous devez venir voir la projection lundi, c'est dans la suite que ça se passe. 

- Tout d'abord quel est le cheminement qui t'a amené à faire un reportage sur cette scène musicale ? Qu'est ce qui t'a fait franchir le pas ?
 

L'idée de ce reportage est survenue en octobre 2005. Les années précédentes avaient vu de nombreux documentaires musicaux sur les « bonnes vielles années du punk » : Punk: Attitude et Ramones: End of the Century, pour ne citer que ces deux là.
 

Dans ces docus on voyait des extraits d'entrevues d'artistes comme Henry Rollins et Jello Biafra, et jamais auparavant je n'avais entendu quelqu'un dire que ce mouvement qu'ils encourageaient battait de son plein encore aujourd'hui. Tout le monde parlait de « ce bon vieux temps », mais personne ne disait « on a inspiré de nombreux groupes, ils ont pris cette idée et sont partis avec ». J'ai puisé mon inspiration dans l'esprit de ces groupes modernes, et je suis parti de l'idée que ces personnes ne reconnaissaient pas cette musique qu'ils avaient pourtant influencée. Je trouve cela injuste.
 

- Dans quel état d'esprit étais-tu lors de la conception du reportage ? Tu savais où tu allais avec un plan précis ? Combien d'années de recherche cela t'a-t-il demandé ? 
 

En regardant ma collection de CDs j'ai remarqué que Hydra Head, Neurot Recordings et Constellation étaient très présents. En observant les artworks et en me remémorant des concerts récents, j'ai vu que l'aspect DIY évoqué dans les reportages sur le punk que j'ai cité au-dessus était bel et bien présent, avec cependant des styles de musique et des artworks différents, des packagings spécifiques et une esthétique indéniable et difficilement définissable. J'ai senti qu'il était nécessaire de parler de cet état actuel du DIY. Je l'avais souvent remarqué et j'appréciais beaucoup cette musique, mais il a fallu attendre 2005 pour que je commence à me rendre compte à quel point ils étaient tous connectés, autant musicalement qu'artistiquement.
 

- Avec quel groupe as-tu commencé à t'intéresser à cette scène, celui qui, en quelque sorte, a ouvert ta troisième oreille?
 

Mon goût pour les morceaux longs, lourds et épiques est né à l'instant où j'ai entendu Kill'Em All de Metallica sortir de la chambre de mon grand frère. J'avais 11 ans à l'époque et je suis resté un metalleux depuis ce jour-là. Puis je suis sorti de l'université, mes goûts musicaux commençaient à stagner, puisque je n'arrivais pas à trouver quelque chose qui me toucherait autant que Metallica l'avait fait quand j'étais plus jeune. Ma copine de l'époque m'a fait découvrir Times of Grace de Neurosis. Je pense que c'était sa façon de me dire « Arrête d'écouter toujours les mêmes albums de Slayer. » C'était le bon moment puisque j'avais besoin de nouveauté et de quelque chose d'excitant, et cet album m'a satisfait au plus haut point. Quelques années plus tard, j'ai découvert Godspeed You! Black Emperor alors que je glandais avec des amis dans une caravane en plein milieu des bois de San Juan Island. Je n'arrivais pas à me concentrer sur la conversation tellement la musique dégageait d'émotions. Et cette musique était purement instrumentale, sans chant ! Ça aussi c'était nouveau pour moi et excitant, ainsi la quête de musique qui me touche comme Godspeed et Neurosis venait de commencer.
 

- D'après toi, qu'ont en commun Neurot, Hydrahead et Constellation ? As-tu eu du mal à produire quelque chose d'homogène ?
 

Permets-moi de contredire certaines idées que les gens ont pu avoir. Ce docu n'est pas un docu « metal », un docu « post-rock », ou quoi que ce soit qui ne s'intéresse qu'à un seul style. L'idée c'était de se demander pourquoi des gens font une telle musique et de montrer à quel point ces groupes chérissent l'idée de ne pas être placés sous des étiquettes. Est-ce qu'on peut simplement dire que Neurosis c'est du metal ? Franchement, ça signifie quoi « post-rock » ? On utilise ces mots pour décrire ces groupes, mais ils ne suffisent pas. Ces groupes ont en commun la défiance de la description, mais surtout, ils partagent une éthique DIY inspirée par des musiciens punks des années 80. Cet esthétisme et ces idées, lancés par des labels dirigés par des musiciens comme SST et Dischord, sont allés jusqu'à rassembler différents styles d'art et de musique, comme on peut le voir pour des labels modernes comme Hydra Head, Neurot Recordings, et Constellation, d'où l'idée de « DIY in the 21st Century »
 

L'exemple parfait : regarde le line up du Festival ATP dont Godspeed You! Back Emperor a été le curateur en décembre dernier : Neurosis, Wolves in the Throne Room, Thee Oh Sees, Tim Hecker, pour ne mentionner qu'eux…
 

- Pourquoi as-tu choisi ces labels ? Est-ce que tu as interrogé uniquement des musiciens signés sur ces labels dans ton docu ? Je crois avoir entendu dire que Rosetta, signé sur Translation Loss, et des disquaires faisaient également une apparition ?
 

Le schéma du documentaire a été fortement influencé par Aquarius Records et leurs listes de nouvelles parutions bihebdomadaires. Pour ceux qui l'ignorent, ce disquaire fait systématiquement des critiques d'albums et de musique de niche, et ce avec des descriptions très détaillées qui renvoient à d'autres groupes, labels et genres. Je connaissais déjà Godspeed et Neurosis, mais Aquarius m'a fait découvrir ISIS, et cette idée de communauté de labels. Du coup, ils se devaient de faire partie des personnes interrogées dans le docu, tout comme Pete Majors de Vacation Vinyl, un disquaire de Los Angeles qui se spécialise également dans ces styles de musique loin d'être populaires.
 

D'autres labels étaient vraiment en compétition pour le documentaire, comme Southern Lord, Ipecac, Translation Loss, et Temporary Residence, et je savais qu'il était important de parler d'eux puisqu'ils suivent ces mêmes idées. Malheureusement il n'y avait pas assez de 90 minutes pour parler en détails de TOUS ces labels. Je ne voulais pas dénaturer l'idée originale du film en en mettant trop. Comme je voulais de la qualité et non de la quantité, j'ai choisi de me focaliser sur ces 3 là, du début à la fin.
 

- Dans ton docu tu analyses ces scènes musicales, est-ce que ça a changé ta façon de voir le monde? Penses-tu qu'il ne s'agit pas uniquement de musique ? Est-ce qu'on peut aller jusqu'à dire qu'il s'agit aussi de politique?
 

J'ai rencontré et interrogé plein de gens, ma philosophie en a donc été renforcée. Entendre ces gars parler de leur musique m'a donné des frissons, mais cela m'a également conforté dans l'idée que je devais continuer de faire ce docu. Ces idées d'indépendance et de considération de la musique comme un art et non comme un produit semblent tellement simple en théorie, mais je peux comprendre l'envie de toucher une plus grande audience, juste pour survivre financièrement. Et c'est justement pour ça que mener ce projet jusqu'au bout était si important. Ces groupes et labels ont choisi de prendre en main leur destin, de garder leur énergie pour créer leur propre héritage, ce qui, à mon avis, va beaucoup plus survivre au temps qu'un groupe cherchant juste à signer un contrat. Les fans de cette musique comprennent l'importance de l'intégrité et savent à quel point c'est ancré dans cette philosophie. Ça peut sonner un peu politique, mais je pense que ça vient du fait que les communautés hors de la musique « mainstream » se sont développées, et c'est une très bonne chose.
 

- Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées? Es-tu seul à financer ce projet ? Est-ce que quelqu'un te supporte ? Comment y arrives-tu ?
 

Ce projet a été autofinancé à 100%. C'est en partie pour ça que ça a pris 5 ans ! J'ai reçu beaucoup d'aide de la part de la boite de production pour laquelle je travaillais à l'époque. Ils étaient vraiment d'un grand secours, en me laissant emprunter des caméras vidéo, des micros, et des tripodes pour la plupart des scènes multi-caméra du docu. De nombreux amis qui s'y connaissaient en film et caméras et qui aiment cette musique m'ont également aidé. La persévérance, l'amour de la musique, et connaitre les bonnes personnes qui ont accès à l'équipement adéquat sont les trois facteurs qui ont rendu tout cela possible.
 

- Il y a deux docu musicaux dont on parle beaucoup en ce moment : Such Hawks Such Hounds (qui traite du Stoner/Desert Rock) et Slow Southern Steel (qui traite de groupes heavy du South). Pensais-tu qu'il était temps de parler de ces scènes underground depuis trop longtemps ? Aurais-tu des documentaires musicaux qui ont influencé ton travail ou que tu aimerais nous suggérer, qu'ils soient récents ou plus anciens?
 

Je pense que plusieurs facteurs ont fait que de nombreux documentaires sur la musique indépendante ont été faits. Les caméras vidéos sont devenues plus abordables ces 10 dernières années. Ajoute à ça les radios qui deviennent de plus en plus homogènes et conventionnelles et la facilité avec laquelle n'importe qui peut se procurer cette musique. Beaucoup de groupes qui apparaissent dans Blood, Sweat + Vinyl, et les autres docus que tu as mentionné, ont une forte composante visuelle et une relation très personnelle avec leurs fans, il n'y pas de syndrome du musicien sur un piédestal, tu vois ces gens se promener dans les rues de ta ville, ou travailler à l'épicerie du coin. Cette proximité et l'envie de découvrir de la musique, je pense, a motivé les gens à vouloir documenter sur quelque chose qu'ils pensent spécial. Et dans mon film je compare l'indépendance de ces labels et groupes aux pionniers du DIY, issus de cette scène punk des années 80. Ces gars ont pris cet héritage et sont partis avec, et il est important que le monde sache que cet esprit est toujours vivant. Je pense que le besoin de savoir que notre voix est entendue est particulièrement fort en ce moment, ça contribue au désir de documenter.
 

Concernant les documentaires qui m'ont influencé, il y en a des tas, mais j'ai choisi les plus importants :
 

Half Japanese: The Band That Would be KingHalf Japanese: The Band That Would be King – sans conteste mon documentaire musical préféré. C'est une observation hilarante et narquoise de la scène "indie" ainsi que des performances live avec une passion rarement captée en vidéo. Cela m'a également montré comment faire un documentaire sans avoir recours à la voix off ou à la narration.




 
punk-attitudePunk: Attitude – Ce film a été le catalyseur, celui qui m'a poussé à réaliser Blood, Sweat + Vinyl. C'est une analyse en profondeur du punk des années 70-80 qui ne se concentre pas sur l'attitude, mais beaucoup plus sur la musique.









Let There Be Rock DVDAC/DC - Let There Be Rock
– Je l'ai vu quand j'étais au lycée et ça m'a donné envie de shooter des concerts, mais pas dans le sens vidéo-éditée-à-l'arrache-façon-MTV. Ce film te donne l'impression d'être en plein concert au travers d'images minutieusement choisies qui révèlent l'énergie d'AC/DC et occultent tout le reste.

 


 
 


Stop making sense 1984Talking Heads: Stop Making Sense – c'est vraiment le meilleur film réalisé. Tu prends la description d'AC/DC au-dessus, et tu la multiplies par 100.








Night-Flight-TV-series-title-screenNight Flight – C'était une émission diffusée en soirée sur USA Network aux États-Unis. Ça montrait des courts films étranges et des clips qui avaient les couilles d'expérimenter le media avant même que le mot « clip » devienne un gros mot. Tu parles d'une inspiration pour un gamin de 10 ans !
 

 V29169Totally F****d Up – Ce n'est pas un docu de musique, mais un long métrage par Gregg Araki. Écrit, filmé, produit et réalisé par Araki; avec une bande son qu'il avait lui-même choisi, la plupart des morceaux étant sortis chez 4AD. Ce film est l'un des meilleurs exemples de ce à quoi peut ressembler une vision vraiment indépendante et il a réussi à capturer l'esprit de la musique à travers une histoire bien ficelée.

 

 

 

 

 

Yearpunkbroke1991: The Year Punk Broke – Un docu sur Sonic Youth qui adopte l'approche d'un film de famille pour filmer un groupe en tournée, sur films super-8. Ça m'a prouvé l'importance d'avoir une relation personnelle avec les gens que tu interroges.









nirvan10Nirvana: Live at Reading – Celui-ci est un exemple d'anti-inspiration. Pour ce qui est considéré comme un concert historique de Nirvana, ça a été édité avec des chutes coupées à l'arrache par MTV qui servent uniquement à montrer l'esprit embrouillé des réalisateurs. À regarder comme un exemple de ce qu'il ne faut PAS faire pour documenter un concert.
 

 

 

 


- Planifies-tu de projeter ton documentaire en Europe ? Parle-nous en, j'ai beaucoup d'amis en Europe qui meurent d'envie de voir le film.
 

C'est drôle que tu mentionnes la France. À l'heure où on parle on est en train d'organiser une petite tournée européenne pour avril et mai 2012, avec plusieurs dates dans différentes villes françaises. On est tenté par la Suisse et l'Allemagne, et l'Italie aussi. C'est plutôt tôt pour confirmer quoi que ce soit, puisqu'on en est au tout début du processus, mais on a hâte d'aller en Europe pour présenter ce film lors d'une soirée où des groupes apparaissant dans le film pourraient jouer. Alors restez à l'écoute !
 

- J'ai entendu dire que tu avais travaillé sur un autre documentaire « The Pathology of Civilization », qui sera projeté pendant que Hangedup jouera à Montréal avant qu'on projette "Blood, Sweat and Vynile". Parle-nous de ce film, ce que j'ai vu sur Vimeo m'a intrigué.
 

« The Pathology of Civilization » est une « trilogie multi medias » inspirée par le livre du même titre, écrit par John Zerzan, un philosophe anarchiste. Les sujets principaux sont: la futilité du progrès qui émane de la dissonance entre l'humanité et la nature, la course au progrès, le tout inspiré par le film de Koyannisqatsi, mais en insistant plus sur le vide et l'écho des paysages abandonnés. Ce n'est pas vraiment un documentaire puisqu'il s'agit d'une étude racontée grâce à des images minutieusement choisies, travaillées et éditées, combinées à une bande sons qui va produire des images au travers de réverbérations de voix intrigantes, de passages drones. La musique a été grandement inspirée par Godspeed, Neurosis, et Tim Hecker, je trouve que les ambiances et l'atmosphère que ces artistes dégagent reprennent les mêmes idées.
 

The Pathology of Civilization, Vol. 01 par kenneth thomas

 

Pour la prestation de Hangedup, j'ai retravaillé les images, en ajoutant de l'imagerie figée et d'autres images de ma collection de vidéos réalisées pendant des années qui pourraient coller à l'ambiance du film. J'espère que le public s'efforcera de faire un lien entre les images et la musique, je pense sincèrement que ça peut être très puissant.
 

- Sur quoi aimerais-tu travailler à l'avenir ? D'autres projets concernant la musique ?
 

Pour moi, filmer des concerts et réaliser des documentaires sur la musique est un travail très satisfaisant, j'hésite même à utiliser le mot « travail » puisque ça voudrait dire que je le fais à la base pour recevoir un salaire et payer mon loyer. Si c'était mon but, je ferais des films sur des groupes plus conventionnels signés sur des gros labels. Au lieu de ça, je continue mon diplôme en cinéma, comme ça à l'avenir je pourrais enseigner à l'université, tout en continuant à travailler avec des groupes et sur la musique qui comptent pour moi, et apporter quelque chose et aux groupes et aux fans. Pour le moment je suis très pris par un vaste projet d'archivage que je réalise. Je ne peux pas citer le nom du groupe, mais disons au moins qu'il y aura un DVD l'an prochain avec beaucoup d'extraits de concerts et d'autres trucs sur lesquels les fans vont vraiment tripper.
 

J'aimerais aussi déménager au Canada pour continuer de travailler sur ces projets. J'ai visité le pays plusieurs fois et je suis devenu très attaché à Montréal en particulier. Je veux faire ça depuis des années, et comme il est de plus en plus difficile pour les artistes de vivre de leur art aux États-Unis, l'idée devient plus une nécessité qu'une envie.
 

Si je peux continuer à travailler sur ces films, enseigner et devenir expatrié au Canada… et bien, tu sais j'ai fait un film sur les mammouths alors je peux bien réussir à faire ça! Tu veux voir mon cv ? (rires)
 

- L'entrevue est terminée, les derniers mots sont les tiens, que veux-tu dire?
 

Je suis très content que le film soit présenté avec un concert d'Hangedup puisque c'est pour ça que le film a été fait: l'énergie et la passion des prestations de ces groupes sont ce qui m'ont amené à figer ces instants dans le temps, avec ces labels et groupes qui chérissent ce que, je pense, est une réelle évolution de l'esprit DIY du punk-rock. Réaliser ce film et travailler avec ces artistes m'a apporté beaucoup de joie et fut un réel honneur. Je suis très pressé de venir à Montréal pour montrer tout ça dans la ville de Constellation!
 



First, what brought you to make this documentary on this particular style of music? What happened that encouraged you to do the first step?
 

The idea for this film came about in October of 2005. The few years prior to that were filled with music documentaries about the "good ol' days of punk" - Punk: Attitude, and Ramones: End of the Century being two examples. These films featured interviews with guys like Henry Rollins and Jello Biafra, and I never heard anybody acknowledge that this movement they fostered was in full-force today - everybody was talking about those "good ol' days," but nobody was saying, "hey, we inspired a lot of bands to do what we did, and they've taken this idea and run with it." A lot of my personal inspiration for filmmaking is derived from these modern bands - and the fact that these people were not acknowledging this music they have inspired was an injustice, in my opinion.
 

In which state of mind were you when making this documentary ? Did you know where you were going; did you have a specific scenario in mind? How many years of research did it take you?
 

Looking at my record collection, I noticed that Hydra Head, Neurot Recordings, and Constellation were heavily represented. Studying the album artwork, and remembering recent shows, I clearly saw the DIY aesthetic that was being mentioned in the punk documentaries that I just mentioned - but, with different genres of music, different styles of artwork, specialized packaging, and an overall aesthetic that can't be denied or easily defined. I felt it was necessary to document the current state of DIY. This is something I had always seen and greatly appreciated in this music, but it wasn't until late 2005 that I started seeing how they all interconnected with one another, both musically and artistically.
  

What band made you enter this musical scene, the one that, in a way, opened your third ear?
 

My taste for long, heavy, and epically driven songs started when I heard Metallica's Kill 'Em All blasting from my older brother's room. I was 11 years old, and I have stayed a metal-head pretty much since then. By the time I was out of college, my musical tastes were starting to stagnate, as I wasn't sure where to find music that affected me in way Metallica did in my youth. My then-girlfriend introduced me to Times of Grace, by Neurosis. I think it was her way of saying, "Hey, stop listening to the same Slayer albums over and over." It was perfect timing, as my mind was hungry for something new and exciting, and this album fed it like no other. A few years later, I was introduced to Godspeed You! Black Emperor, while hanging out with some friends in an airstream trailer in the middle of the woods on San Juan Island. i couldn't concentrate on the conversation, as the music was too emotionally engrossing. And this was music that was purely instrumental, with no vocals! This, too, was new and exciting for me; so my quest for music that affected me like Godspeed and Neurosis was underway.
 

According to you, what is it in common between Neurot, Hydrahead and Constellation? Did you meet difficulties to produce something homogeneous?
 

Let me dispel some ideas that people have had, about this being a "metal" documentary, a "post-rock" documentary, or anything that focused on only one style of music. The goal was to explore the ideas behind why people made music like this and to show how these bands embraced the idea of not being placed into a neat little genre. Can you simply call Neurosis "metal"? What does "post-rock" mean, really? We use these terms to describe these bands, but they don't suffice. These bands share this defiance of description, but more than that, they share a DIY ethos that was inspired by like-minded punk musicians in the early 80's. And these aesthetics and ideas, started by musician-driven labels like SST and Dischord, have evolved to incorporate different styles of art and music - as seen in modern labels like Hydra Head, Neurot Recordings, and Constellation. Hence, the idea of "DIY in the 21st Century."
 

Perfect example - just look at the lineup for the ATP Festival that Godspeed You! Black Emperor curated last December: Neurosis, Wolves in the Throne Room, Thee Oh Sees, Tim Hecker, just to name a few… It all makes sense, and it's because of the shared attitudes and philosophies.

  
Why did you choose these labels? And by the way, are there only musicians who signed on those labels in your documentary? I think I heard that Rosetta from Translation Loss or some records shop owners were interviewed in your docu?
 

The diagram for this documentary was heavily assisted by Aquarius Records and their bi-weekly New Release List. For those that don't know it, this record store consistently reviews select niches of music and albums, with immensely detailed descriptions that reference other bands, labels and genres. I already knew about Godspeed and Neurosis, but Aquarius introduced me to ISIS, and the idea of these communities of record labels. As a result, they simply had to be part of the interview process, along with Pete Majors of Vacation Vinyl, a Los Angeles-based record store that also specializes in these non-mainstream styles of music.
 

Other labels were definitely in contention for the documentary, like Southern Lord, Ipecac, Translation Loss, and Temporary Residence - and I felt that it was important to acknowledge them, as they also follow these same ethos. But, there wouldn't be enough time in 90 minutes to give these ALL of these labels and their bands any sort of detailed documentation. I didn't want to dilute the idea of the film but including as much as possible. It was about quality, not quantity, so I firmly kept the focus on these 3, from beginning to end.
 

In your docu, you kind of analyze these musical scenes, did it change your philosophy? Do you think it is more than just music? Can we go as far as to say that it is politics?
 

As I met and interviewed more people, my philosophy was strengthened. Hearing these folks talk about their music was a thrill for me, but it also affirmed the reason why I was making the documentary in the first place. These ideas of independence and treating music as art, and NOT a product, seem simple in theory - but, I can understand the lure of appealing to a wider audience, for the sake of becoming more financially successful. But, that is precisely why the importance of finishing this film became imperative. These bands and labels are choosing to control their own destinies, retaining their own power to establish their own legacies - something that I think will stand the test of time much greater than a band that is looking only for a contract. Fans of this music understand the importance of integrity, and how that is embedded in these ideas. That does sound kind of political, but I think it is because of the fact that communities outside of the musical mainstream have been developed as a result - and that is a good thing.
 

What were the main difficulties you had to face during this project? Are you the only one to finance it? Do you have support? How is it possible?
 

This project was 100-percent self-financed. That is the main reason it took over 5 years to finish! I received a lot of assistance through the production company for which I worked during that time. They were extremely helpful in letting me borrow video cameras, microphones, and tripods for most of the multi-camera shoots in the video. I also had a lot of friends that were skilled camerapeople who loved this music. Perseverance, love of the music, and knowing the right people with equipment access are the three factors that made this happen.
 

I know that there are 2 new music documentaries a lot of people are currently speaking about: Such Hawks Such Hounds (that focuses on Stoner/Desert Rock) and Slow Southern Steel (that focuses on heavy bands from the South). Did you think it was now time to speak about those scenes that have been underground for several years? Do you have any music documentaries that influenced your work or that you'd like to suggest? Recent or older ones.
 

I think there are several factors that have led to this recent mass documentation of independent music. Video cameras have become a lot more affordable in the last 10 years. Combine that with the fact that corporate radio has become a lot more homogenized and formulaic, and independent music has become much easier for people to access. Many of the bands in Blood, Sweat + Vinyl, and the other documentaries you mention, have a strong visual element and a personal connection with their fans - there is no "musician on a pedestal" vibe; you see these people walking down the street in your town, or working at the local grocery store. This personal access and the excitement of discovering so much new music, I believe, has excited a lot of people to want to document something that they feel is special. And, in my film, I related the independent spirit of these labels and bands to the pioneers of DIY, from the punk scene in the early 80's. These guys have taken that legacy and run with it, and it's important for the world to know that this spirit is alive. I think that the need to have one's voice heard is especially strong these days, and that is also contributing to this idea of documentation.
 

As far as music documentaries that have been influential, there are tons of examples, but here are a few standouts:
 

Half Japanese: The Band That Would be King - hands down, my favorite music documentary. Hilarious and snarky examination of the "indie music" scene, and some of the most passionate live performances ever recorded to film. It also showed me how to make a documentary without the crutch of voice-overs or narration.
 

Punk: Attitude - This film was the catalyst for me making Blood, Sweat + Vinyl. It's an in-depth examination of 70's/80's punk that doesn't focus on any of the drama, just the music.
 

AC/DC - Let There Be Rock - I saw this when I was in high school, and it made me want to shoot concerts - none of that MTV-style quick editing crap; this concert film makes you FEEL like you are at the concert through carefully chosen shots that let's the energy of AC/DC take precedence over everything else.
 

Talking Heads: Stop Making Sense - it really is the best concert film ever made. See the above description for AC/DC, and multiply it by 100.
 

Night Flight - This was an early late-night show on the USA Network in the States. It showcased bizarre short films and early music videos, which actually had the balls to experiment with the medium before "music videos" became a derogatory term. Quite the inspiration for a 10-year old kid!
 

Totally F****d Up - Not a music documentary, but a feature film by Gregg Araki. Written, shot, directed and edited by Araki; with a soundtrack personally chosen by him, consisting of mostly music from the 4AD record label. This film is one of the best examples of what a truly independent vision can look like on film, and he was able to capture the spirit of the music through a well-crafted story.
 

1991: The Year Punk Broke - Sonic Youth documentary that took a home movie approach to filming a band on tour, shooting on super-8 film. Showed me the importance of having a personal connection with your interviewees.
 

Nirvana: Live at Reading - This is on here as an example of anti-inspiration. For what is regarded as a historic Nirvana concert, it was horribly edited with MTV-rapid-fire cuts that serve only to show off the ADD-addled mind of the producers. Watch for a lesson on NOT how to document a concert.
 

Do you plan to screen your documentary in Europe? Tell us more about that, I have a lot of friends that would kill to see this documentary in France.
 

Funny you should mention France. As we speak, a small European tour is being planned for April and May in 2012, with several dates in various French cities. We are looking at Germany and Switzerland, and possibly Italy, as well. It's pretty early to confirm more than that, as we are still in the initial stages, but we're very excited to go to Europe and present this film as part of a night that includes live music from bands connected with the film. So, be on the lookout for that!
  

I heard that you had worked on another documentary, « The Pathology of Civilization », which will be shown while Hangedup will be playing here in Montreal, before we screen "Blood, Sweat and Vynile". Tell us more about this movie, what I saw on Vimeo intrigued me.
 

"The Pathology of Civilization" is a multi-media trilogy that was inspired by the book of the same name, written by anarchist philosopher John Zerzan. The main themes address the futility of progress arising from the dissonance of humanity and nature - basically exploring the self-made, emptying results of progress that is made for the sake of progressing as fast as possible - inspired by the film Koyannisqatsi, but with a lot more emphasis on emptiness and the echoing qualities of abandoned landscapes. It's not really a documentary as much as it is a study that is told through very carefully composed and edited images, combined with a soundtrack that should bring up ideas of lost memories through haunting reverberations of voices, drones, and distant feedback. A lot of music by Godspeed, Neurosis, and Tim Hecker were inspirations for this, as the moods and atmospheres they create in many of their songs conjure up similar ideas for me.
 

For the Hangedup performance, I am re-editing the footage, with some added still imagery and other shots from my library of videos that I've shot over the years that fit into this theme. I hope the audience will dig the combination of these images with their music, as I think it will be very powerful.
  

What would you like to work on in the future? Do you plan to work on music again?
 

Producing live videos and music documentaries is one of the most rewarding jobs for me - and I hesitate to use the word "job," as that insinuates that I do it primarily for the cash to pay the rent. If that was my goal, I would be making these videos for formulaic bands on major labels. Instead, I am currently pursuing my master's degree in film, so I can teach at the college level in the future, while continuing to work with bands and music that mean something to me - and that I can continue to give back to them and the fans. Right now, I am really excited about a large archiving project that I am editing. I can't mention the name of the band, but let's just say that there will be a DVD released sometime next year with lots of excellent live footage and other goodies that their fans will love to see.
 

I am also hoping to move to Canada to continue working on these projects. I've visited the country several times, and I've become quite attached to Montreal, in particular. I've been wanting to do this for several years, and as the political state of the USA continues to make it more difficult for hard-working artists to live, this idea becomes much more of a need than a simple desire. If I can continue working on these films, teach filmmaking, and make the ex-pat move to Canada… well, I was able to complete a mammoth film project, so I believe this plan can also become reality! Want to see my CV? (laughs)
  

We have reached the end on this interview, the last words will be yours, what would you like to say?
 

I'm excited that the film is being presented in combination with a live performance of Hangedup, as this is why this film was made: the energy and excitement of these bands' live performances are what drove me to document this moment in time, with these labels and bands embracing what I think is a true evolution of that early punk rock DIY spirit. Making this film and working with these artists has been a real joy and honor for me. I look forward to coming back to Montreal to present this to Constellation's home town!

Kenneth Thomas

BLOOD SWEAT & VINYL (VOSTFR) + HANGEDUP @ MTL

Dernière modification le Mardi, 15 Novembre 2011 05:02
Bakt El Raalis

Admin Web / Rédacteur en chef @Pelecanus_net + apprenti photographe + amateur de musique indé' et de culture ALT + demandeur d'asile + fils des internets -

Site internet : www.lateral-vision.net

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